10.8.05

lettre à moravagine

Entre ma cervelle, ma maison et la mort, il n’y a qu’un point de fuite. Partir. Le genre humain ne m’intéresse plus et m’étonne encore moins, l’idéal gavé de petits hors-d’œuvre de liberté hachée menue, le ventre plein d’illusions indigestes. Je lui préfère les grands espaces vides d’insomnie, les lunes limpides couleur vodka, la dépossession des départs urgents et définitifs. J’ai un aéroport noué dans la gorge, bruyant et venteux comme des mots retenus qui vrombent dans les hautes herbes où je me tiens comme encore vivante. Partir. Vers quelque lieu très approximatif comme un champ, un lit, un pays, là où je deviendrai sereine, là où ma cervelle se détachera de mes yeux et que je déciderai de laisser déraper la réalité en m’en remettant à l’imaginaire. La résignation est une horrible raison de vivre. Il faut suicider cette empathie et devenir action brute, devenir une perte de mémoire qui s’affine plus à chaque chute, à chaque démesure.
Le temps est venu de ne plus croire à rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais nulle part, là où la vie est à mes trousses. Et quitter ce corps dans ce pays, quitter ce pays dans le corps, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.

2 Comments:

Anonymous Anonyme a écrit...

j'ai l'impression d'avoir voulu écrire ce texte dans 2 ans. je ne sais pas pourquoi personne n'a laissé de commentaire pour dire comment c'était bien écrit (mais ça c'est pas important) et touchant (mais ça c'est pas important) et juste, et dans la grâce totale. voilà, alors je me suis levé anonyme pour le dire. maintenant que c'est fait, l'ordre est rétabli.

16.8.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

je n'aurais pu souhaiter plus beau commentaire pour éclairer ce texte
merci beaucoup

16.8.05  

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