5.7.05

on se trimballe des années comme des vieux livres appris par coeur
et on mélange les mots les personnages les événements
on se file la trame narrative en ligne jaune jusqu'au bout du monde et là par là-bas on croise un homme seul sur le chemin
et là, on sait, on sait très bien
l'océan se met à miroiter comme l'enfance, toutes ces choses que le monde n'est pas ne sera peut-être jamais et quelle tristesse de penser qu'on ne le saura jamais car le monde avance si lentement et nous sommes si petits qu'avons-nous à offrir que gouttes de larmes de sueur d'encre
tout disparait quand les yeux se ferment
que sommes-nous à tout prendre la main de quelqu'un qu'on aime
j'imagine
prendre la main de quelqu'un qu'on aime sentir ses doigts entre les nôtres
exprimer un geste grand comme ça avec exactitude en une forme artistique quelconque ne pourrait se faire en moins temps qu'il faudrait à l'univers pour redevenir enfant
c'est la vieillesse qui nous fait écrire, et faire toutes ces choses que nous laissons traîner dans les musées les salles de cinéma de spectacles
graver quelque chose dans du neuf
redevenir soi
car vieillir n'est-ce pas perdre un peu plus chaque jour de ce que l'on a été
n'est-ce pas que nous nous effilochons doucement comme une soie usée
alors on laisse des traces de soi un peu partout espérant qu'un jour on pourra recoller les pièces ensemble les pièces de soi-même avec un peu de farine et de larmes on pourra faire une bonne colle bien tenace qui ferait même tenir la poussière en un tout exact en une forme belle une plastique oui du plastique quelque chose qui ne meurt pas
au fait les fleurs sont-elles belles parce qu'elles meurent si facilement?