11.7.05

en perles de verre – (comme une) lettre à marc

à cette époque je m’abîmais
tu le savais tu me voyais arriver les yeux en cendre

je me traînais le désespoir aux heures mortes dans les musées
j’aimais tant me trouver dans ces salles vides
au milieu d’œuvres que personne ne regardait
j’avais l’impression de disparaître comme elles

j’étais ténébreuse en ce temps
yeux cheveux et voix de charbon
porto écorché aux ongles sans cigare
couverte d’à peine assez de dentelle pour me voiler le cœur
parce que de toutes façons toi marie tu n’aimes personne
c’est toi qui me disait ça
t’en souviens-tu marc

toi qui était le seul à être capable de me trouver
toi qui seul se résignait à monter chacune des 99 marches trop étroites qui menaient à mon bain au-dessus du building
où bien souvent je me noyais nue dans mes robes
quand de mon hublot de marée basse je regardais la croix presque illuminer mes urgences
comme des allumettes cheap qui prennent pas
mingus était ma seule ivresse
je me le shootais si fort que je n’entendais personne
ni les voisins qui hurlaient
ni le destin qui me tombait dessus
pas même toi qui cognait et cognait et cognait
au hasard de m’y trouver
m’y suis-je trouvée une seule fois?
ou m’y suis-je perdue
dans les eaux troubles de l’abandon

je ne me souviens plus de quelle couleur était le ciel
s’il y en avait un
mais il me semble qu’il ressemblait vaguement à un tapis de toit de voiture
verte, peut-être
c'est à ce ciel moisi d’une cuba égarée que nous inventions nos géographies de danger
il n’y avait que des nuits opaques à cette époque te souviens-tu
et des rues qui tournaient en rond sous la voiture
st-denis sherbrooke ontario st-denis
des variations de rues en mi mineur
jouées par glen gould en 1955 même si c’est la version qu’on aime moins parce qu’elle s’essouffle parce qu’elle meurt trop vite

les paysages s’épuisaient sous le marteau de boulez et moi je crevais de partir
à quoi bon tout le reste
puisque j’avais depuis longtemps arrêter d’investir des efforts dans cette vie qui n’en valait pas la peine
cette vie dont je n’avais rien à foutre

je suis partie, comme d'habitude

je ne l’ai jamais lu ce dernier livre que tu m’as donné, tu me connais
j’ai préféré jouer moi-même que d’apprendre par cœur les règles du jeu
même si je me retrouve avec rien à dire
et la tête pleine de musique
et ta voix comme un écho de rêve
comme d’habitude

où es-tu, l’ami
toi qui ne me lis plus
ne m’écris plus
ne monte plus mes marches
es-tu mort avec tes révolutions

et bien je quitte encore, et adieu, comme d'habitude

tu salueras pascale, madeleine et mathis de ma part
surtout mathis
mais le dis pas aux autres

marie la carmine

11 Comments:

Anonymous Anonyme a écrit...

SUPERBE!!!!!!!

12.7.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

oh! merci

12.7.05  
Anonymous Anonyme a écrit...

Merci Marie pour ce texte vraiment magnifique... Texte que j'ai lu la gorge un peu nouée parce que je dois t'avouer que je me suis reconnu énormément à plusieurs étapes amères de ma vie...

12.7.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

texte écrit la gorge un peu nouée aussi
étrangement, cette époque est celle que je regrette le plus
la misère je crois est parfois plus belle que le bonheur

12.7.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

peut-être parce qu'on sent la vie battre un peu plus
tu sais comme quand on se blesse, on sent notre pouls dans la blessure
et c'est là qu'on sait vraiment qu'il bat, le coeur, à nos veines

12.7.05  
Anonymous Anonyme a écrit...

C'est moche de mieux écrire quand ça fait mal...

12.7.05  
Anonymous Anonyme a écrit...

Quand notre coeur bat à douleur... Un poème émouvant que voilà, très dur, mais très beau, et en effet il faut vous remercier.
J'aime beaucoup votre poésie, d'une qualité rare.

12.7.05  
Anonymous Anonyme a écrit...

Je sais que je ne suis pas le premier à lui faire de la pub, mais faut lire ce que Darnziak écrit au sujet de l'écriture et du bonheur et du reste.

12.7.05  
Blogger Danielle a écrit...

Euh... ben moi, je connais plutôt la douleur qui ralentit le coeur... c'est peut-être pour ça que je ne sais pas écrire une aussi belle poésie ?!? (Marie me pardonnera mon esprit de dérision, dirigé à mon seul endroit, je précise. Manière de me prouver que mon coeur bat toujours)

N'est-ce pas, Égrégore, qu'elle est somptueuse, la poésie de Marie ? À se la faire tatouer partout sur le coeur et le corps.

12.7.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

merci merci infiniment à vous
monsieur gregor, n'ai pas encore eu le temps de vous lire jusqu'aux os, cela ne devrait tarder, les quelques lignes que j'ai lu m'ont également plu

12.7.05  
Anonymous Anonyme a écrit...

Somptueuse, vous dîtes ? Je l’ai découverte récemment et je suis absolument séduit. Il me faudra fouiller, j’ai bien peur, les écrits du jour comme ceux de la nuit. En attendant, je vous quitte, il faut dormir.

12.7.05  

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