être blanche puis le devenir
me voilà en train d'être au milieu de ma vie et de tout balancer par les fenêtres ce qui encombre le soleil
me voilà en train de déchirer des années et d'en faire des pamphlets
me voilà en train d'être violemment bonne avec la vie
je crois que j'aime
un homme dort sur le plancher de mon salon
en mes révolutions éparpillées par terre il dort paisible
j'essaie de ne pas être trop bruyante en l'aimant pour ne pas le réveiller
mais plus j'enlève de couches à ces poussières plus j'arrive
en ce nulle part approximatif du milieu de mon salon
que je sais est le bout de moi-même
j'arrive
j'arrive les murs tombent tout doucement
me voilà éperdue et certaine
en ces jours dressés devant moi comme des cantiques immenses
des voix d'homme prenant en force tout l'espace comme si l'oxygène devenait musique
me voilà des milliers de détresses accrochées à mes bras comme des enfants délaissés
sur mes genoux mon front ma peau des kilomètres de soleil couchant à traîner l'espoir dans le désert
le sauver de la guerre de l'indifférence de la mort
me voilà en train de chuter libre
de réaliser que le ciel est une architecture dans le désordre
que je veux y grimper
y chanter une plaine déserte chanter un espace gigantesque
faire place au vent
le voilà il se lève
plus froid et plus vaste que la naissance du jour dans le silence
je ne peux plus reculer
je pars dans un homme
je quitte tout pour devenir immense moi-même toujours
dans ses yeux
vert océan irisé
mer pupille noire
que je l'aime quand il dort en de longues vagues sombres
que j'arrive à toucher
du bout des rêves
même quand la ville se fait sourde
même quand on n'ose pas encore faire ce de toute façon nous ferons un jour ou l'autre
je sais que l'abandon est la plus belle mort
je sais bien qu'il ne sert à rien de penser que je pourrais un jour avoir peur
il m'a fallu la douceur du vent pour savoir que j'ai souffert
et me voilà j'arrive
j'arrive en sang en fatigue de désert morte comme une fleur
j'arrive je commence à naître
me voilà en train de déchirer des années et d'en faire des pamphlets
me voilà en train d'être violemment bonne avec la vie
je crois que j'aime
un homme dort sur le plancher de mon salon
en mes révolutions éparpillées par terre il dort paisible
j'essaie de ne pas être trop bruyante en l'aimant pour ne pas le réveiller
mais plus j'enlève de couches à ces poussières plus j'arrive
en ce nulle part approximatif du milieu de mon salon
que je sais est le bout de moi-même
j'arrive
j'arrive les murs tombent tout doucement
me voilà éperdue et certaine
en ces jours dressés devant moi comme des cantiques immenses
des voix d'homme prenant en force tout l'espace comme si l'oxygène devenait musique
me voilà des milliers de détresses accrochées à mes bras comme des enfants délaissés
sur mes genoux mon front ma peau des kilomètres de soleil couchant à traîner l'espoir dans le désert
le sauver de la guerre de l'indifférence de la mort
me voilà en train de chuter libre
de réaliser que le ciel est une architecture dans le désordre
que je veux y grimper
y chanter une plaine déserte chanter un espace gigantesque
faire place au vent
le voilà il se lève
plus froid et plus vaste que la naissance du jour dans le silence
je ne peux plus reculer
je pars dans un homme
je quitte tout pour devenir immense moi-même toujours
dans ses yeux
vert océan irisé
mer pupille noire
que je l'aime quand il dort en de longues vagues sombres
que j'arrive à toucher
du bout des rêves
même quand la ville se fait sourde
même quand on n'ose pas encore faire ce de toute façon nous ferons un jour ou l'autre
je sais que l'abandon est la plus belle mort
je sais bien qu'il ne sert à rien de penser que je pourrais un jour avoir peur
il m'a fallu la douceur du vent pour savoir que j'ai souffert
et me voilà j'arrive
j'arrive en sang en fatigue de désert morte comme une fleur
j'arrive je commence à naître

3 Comments:
«je sais que l'abandon est la plus belle mort.»
Aussi la plus douce, mais l'abandon comme une mort, c'est l'appeler renoncement. Ce qu'il n'est pas toujours.
doute...
Ou peut-être que si.
Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.
Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu.
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Louis Aragon, (interprétation de Léo Ferré)
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