30.4.05

comment peut-on mépriser les efforts de jeunesse?

quand on méprise la jeunesse
c'est soit qu'on est rendu trop vieux pour comprendre
ou qu'on a raté la sienne

7 Comments:

Blogger Danielle a écrit...

Il y a aussi le fait de l'oubli. L'oubli que ce qu'on est devenu avec le temps est différent (pour le meilleur ou pour le pire, selon les cas !) de ce qu'on a été. Sauf peut-être pour ceux qui n'auraient fait que stagner, s'il s'en trouve.

C'est un danger qui nous guette tous, cet oubli. Quant s'y rajoute la mesquinerie, la frustration, etc., ça donne des gens aigris, arrogants, bêtes et méchants, quoi.

Bref, Marie, votre sensibilité à cette injustice est bien légitime. Ces écorchures, c'est l'envers de la médaille pour un être tel que vous, à la si fine présence au monde. Si, si, je vous lis souvent et depuis un bon moment, alors je sais un peu de qui je parle.

1.5.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

Merci, Maridan. Je suis tout à fait d’accord. (J’espérais d’ailleurs qu’on rajoute quelques lignes à mon petit aphorisme!) Il est évident qu’on a tous un jour eu cette attitude, inconsciemment peut-être, et c’est dommage.

Il me semble désolant de voir certaines personnes traiter la jeunesse avec condescendance, de carrément mépriser à voix haute, ou de proférer des « conseils » qui ne font que faire sentir ridicule, servent plus à s’enorgueillir de sa propre réussite, à montrer à quel point on est « magnanime » alors qu’ils ne font qu’assommer l’ardeur et la belle insouciance, la confiance.

Ce comportement me semble symptomatique d’une grande insécurité. Mais ce qui est choquant, c’est lorsqu’on est incapable de supporter cette insécurité au point de la déplacer sur les autres, pour se soulager.

Pourquoi ridiculiser le chemin, quand on sait qu’il est nécessaire à la formation, à l’expérience? Il ne faut pas sous-estimer les capacités et le talent, et l’intelligence, en ne s’attardant qu’aux moyens et aux résultats. Nous n’avons pas tous le même chemin.
Surtout sur un blog, je crois, qui n’est en définitive qu’un lieu de travail, d’essai et de pratique. Un atelier personnel d’écriture, quoi. Un partage.

Il me semble qu’on ne peut qu’être tolérant, et généreux surtout, envers les efforts du début, l’enthousiasme, cette incroyable force, maladroite, peut-être, mais cette force de vouloir comprendre, de vouloir essayer, créer, faire neuf, avec le peu de moyens qu’on a à ses débuts.
Surtout, il y a beaucoup à apprendre, à réapprendre, dans le regard neuf de ceux qui commencent, il faut s’en nourrir et leur donner à voir, à eux aussi.

Peut-être certains sentent-ils cela comme une menace pour leur petite gloire. Ils essayent de bloquer l’avancée. Ou encore, peut-être la comparaison est-elle rassurante. Pourtant, rabaisser ne fait pas le trône.

Heureusement, ces épreuves nous permettent parfois de nous solidifier, nous réaffirmer et nous affranchir de tout ça.

Merci de votre commentaire fort pertinent, Maridan!

1.5.05  
Blogger Danielle a écrit...

Eh bien ! je crois n'avoir jamais lu un tel déferlement de mots de votre part ici ! C'est la nouba ! (non que votre poésie ne soit pas heureuse, mais ça fait contraste et éclaire autrement)

Tiens, je crois que ceci devrait vous plaire : « Un vrai roi, comme toi, n'a pas besoin de trône pour régner. », ce qu'a fait dire Henry Bauchau à son Antigone, s'adressant à son frère Étéocle.

Le royaume à conquérir n'est-il pas celui de son propre être ? Aucun besoin de régner sur les autres alors. Ah tout ce qui se cache sous le besoin de régner !

--> Le phénomène de déplacement : si courant ! Trop. Faudrait peut-être rajouter "humain", mais il y a des moments où l'excuse ressemble à un échappatoire, à un manque de courage. On s'en prend aux autres, car, autrement, comment s'en prendre à la vie elle-même ? Pendant ce temps-là, on perd énergie et temps et on ne fait rien pour vivre mieux avc sa propre condition...

--> Ridiculiser le chemin : comme si le fait d'être plus vieux signifiait qu'on était "arrivé", comme si on était devenu parfaitement accompli ?? À d'autres.

--> Tolérance et générosité : oui, et encore oui ! Je dirais seulement que ces attitudes-là peuvent encore marquer une certaine condescendance, et que je considère que personne n'a jamais fini d'apprendre, qu'on peut apprendre les uns des autres indépendamment de l'âge. â mon point de vue, l'autorité ou l'ignorance en une matière n'excluent pas une mutualité de considération de part et d'autre. Il serait faux de la part d'un maître de prétendre qu'il n'apprend rien en enseignant. Quiconque agit autrement est un voleur, un menteur ou un manipulateur.

Créer, faire du neuf, ça devrait être vrai à tous les âges de la vie, non ?

Oui. Je dis oui.
(je commence à savoir de quoi je parle, à ce sujet ! lol !)

2.5.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

Oui, oui, et oui à tout ça. Vos propos amènent clarté et nuance aux miens!! Merci!

Condescendance? Hum. Peut-être. Cela dépend aussi peut-être de la forme d’art (ou d’expérience, ou de contexte, qu’il soit artistique ou autre). Certaines formes d’art plus "techniques"(comme la danse) nécessitent une précision et une exactitude technique qui ne sont pas du domaine de l’imaginaire ou de la personnalité de l’artiste. Il faut passer dans le moulinet! :) Seulement l’intégration de la base du langage est chose ardue. Et c'est là que la générosité et la tolérance sont peut-être plus à propos.
En écriture, ça me semble différent. Le propos domine, alors il est encore plus difficile de juger ou d'intervenir, il me semble.
Mais bon , qu'est-ce que je connais à l'écriture? :)

J’enseigne moi-même, (la danse) même si je ne considère nullement être « arrivée » où que ce soit. Mais justement, le serai-je jamais? Et pour l’instant, il s’agit de partager ce que j’ai, mon expérience, avec des gens qui commencent. Je peux témoigner d’à quel point j’apprends à chaque nouveau cours que je donne! Non seulement auprès de mes élèves, qui ont une vision, des questionnements qui leurs sont propres, mais aussi par le fait qu’en enseignant, on doit expliquer, transmettre, et c’est là qu’on se rend compte qu’on a beaucoup de travail à faire!!

Mes mots d’ordre sont clarté, écoute et générosité. Une fois que l’idée générale est à peu près intégrée, je laisse aller. Je fais confiance à mes élèves pour se débrouiller avec ça. Je considère plus enseigner comme un partage.

Merci encore de cette discussion. Vous m'éclairez! :)

2.5.05  
Blogger max cat a écrit...

Cet aphorisme de Satie, pour aller avec le vôtre :

"Sachez que les enfants sont plus jeunes que bien des vieillards."

2.5.05  
Blogger marie deschênes a écrit...

Oui et d’ailleurs si nous voulons vivre longtemps, il faut vivre vieux

nous sommes foutus

3.5.05  
Blogger Danielle a écrit...

--> Mais bon , qu'est-ce que je connais à l'écriture? :)

C'est justement ce que je me demandais... Sérieusement, Marie, il y a un bon moment que je te (c'est fait, exit le vous) lis et je me disais qu'il me faudrait bien te dire un jour à quel point ton souffle est poésie, et comporte plus de poésie que bien d'autres. Désencombrée, diaphane, légère et sensible, voilà la poésie que je lis ici.


À propos de condescendance, c'était un choix maladroit de mot de ma part. Ce que je tentais de cerner (et n'y étais pas parvenue, d'abord dans mon esprit), c'était plutôt le fait du regard de celui qui est en position d'autorité sur l'"apprenti". Il me semble que la considération portée à l'autre quel qu'il soit est toujours une imposture lorsqu'on le toise en fonction de nous-même plutôt qu'en fonction d'une maîtrise d'un sujet, d'une habileté, de la perfection à atteindre. L'autre n'est pas nous (notre personnalité, notre potentiel, notre histoire, etc.: que d'évidences, franchement, qu'est-ce que je raconte !) et ne peut ni ne doit faire comme nous, alors que la juste posture, le regard juste, ne m'apparaîtraient pouvoir s'établir qu'en dehors de l'autre et de nous-même, il devrait plutôt être posé vers cette perfection (bien théorique tant qu'on ne l'a pas atteinte, ou ne s'en est pas approchée, chacun à sa propre façon. J'espère que ça n'est pas trop ésotérique tout ça, ni trop abscons... C'est une réflexion avant tout personnelle, n'étant point prof moi-même, mais très sensible à ces questions dans l'exercice des rapports humains.

Je ne t'apprends sûrement rien, toi qui vis l'enseignement comme un partage, et c'est vrai qu'il en coûte de la tolérance et de la générosité. Et le partage, quand les groupes sont d'une trentaine d'élèves, ça prend figure de sport extrême !

Merci pour cet échange. Ça m'a permis de te connaître un iota de plus, et ça m'a obligée à articuler un peu mieux ce que je portais en moi.

5.5.05  

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